Démarche
Toute œuvre d’art peut être interprétée comme une matière organique, il y a une logique interne dans l’objet d’art, dans sa composition. Ce qui intéresse particulièrement Etienne Hacquin dans la peinture vient du fait que l’image produite sur la toile n’est avant tout qu’une accumulation d’interventions successives, tels des motifs que l’on dispatche, que l’on assemble entre eux pour former un tout, une unité cohérente. Il joue de ce mécanisme du peintre par la répétition de formes standards qui, en se démultipliant et en se permutant entre elles parviennent à créer d’autres formes, plus générales, plus globales.
Le paradoxe est que ce qu’il y a de plus dur à voir dans ses peintures c’est bien la peinture elle-même. Etienne Hacquin cherche en effet à accentuer tant l’étalage de la peinture que la platitude de l’image, de manière à être au cœur de la représentation qui tend à nous diriger vers une vision « super-plane ». Sa peinture n’est donc pas seulement une peinture mais aussi un regard critique sur la peinture. La platitude de ses peintures est analogue à celle des images de tout support confondu, où tout s’organise sur une seule et même surface, chose dont la peinture a du mal à se séparer.
Par son utilisation systématique de la superposition, de la double exposition et de l’amalgame, Etienne Hacquin déstabilise les polarités artistiques et formelles traditionnelles (l’art dit « suprême » d’une peinture et l’art dit « décoratif » d’une tapisserie) ainsi que différents tabous modernistes (associant le vulgaire au sacré, la reprise d’images commerciales à la tradition picturale). Sa peinture met en avant l’altération, la conversion, la transmutation des formes, des matières et des sujets. Ces images aussi sophistiquées et complexes que simples et directes expriment une aliénation aux pressions extérieures qui dirigent et manipulent les individus et leur corps.

